Quel directeur d’acteur êtes-vous ?
Dany Boon : Je découpe beaucoup en amont pour ne pas user les acteurs avec la technique et, dans cette logique, j’ai story-boardé ou fait story-boarder pas mal de séquences. Une fois sur le plateau, avant chaque scène, je fais toujours une mise en place sous forme de répétitions mécaniques. J’ai à chaque fois une idée précise de ce que je veux, même si, au final, je ne respecte pas exactement ce qui était prévu. Mais ce cadre me permet de vraiment m’amuser avec mes acteurs. Je leur laisse proposer des choses puis je les recadre à la fois en fonction de ce dont j’ai envie et de ma connaissance précise de chacun des personnages. J’écoute tout mais je tranche. Car je sais trop bien que le spectateur peut sortir d’un film, juste parce qu’un petit rôle ne sonne pas juste, qu’il est mal défini ou mal écrit. Je suis obnubilé par ça.
On sent que vous avez ici une ambition supplémentaire tant au niveau de l’image que du décor par rapport à Bienvenue chez les Ch’tis ? Quelles directions avez-vous donné à votre directeur de la photo et à votre chef décorateur ?
Dany Boon : Des guérites de douanes, au restaurant tenu par le couple Janus, le décor est dans Rien à déclarer un personnage à part entière. Tous ces éléments ont été créés pour le film et construits avec un sens permanent du détail. Dans l’appartement de Ruben Vandevoorde par exemple, on trouve trois bougies dont les couleurs composent le drapeau belge ! Ce détail ne se voit peut-être pas à l’écran mais il fait partie de ceux qui me paraissaient indispensables pour créer l’atmosphère que je souhaitais. Et cela on le doit à Alain Veissier avec qui j’avais déjà travaillé sur Les Ch’tis. Pour Rien à déclarer, il a pu disposer d’un budget plus important. Et on a travaillé très en amont et main dans la main avec le directeur de la photo, Pierre Aïm, lui aussi déjà présent sur Les Ch’tis. Avec Pierre, je voulais créer un contraste entre les extérieurs hivernaux et les intérieurs plus chaleureux, avec une différence cependant : la douane belge a un côté campagnard et la française un aspect plus fonctionnaire.
Etait-il important pour vous de retravailler avec la même équipe technique ?
Dany Boon : Oui mais je ne me force en rien. Par exemple, sur ce plateau nous avons décidé avec Pierre Aïm que contrairement à Bienvenue chez les Cht’is, il ne ferait pas le travail de cadrage pour qu’il se concentre totalement sur la lumière qui nécessitait un gros travail, notamment à cause de l’atmosphère hivernale. Et je voulais qu’il puisse aussi faire des pauses, prendre du recul sur le plateau pour ne pas avoir en permanence le nez dessus. En plus, Pierre m’a conseillé un cadreur fantastique, Rodolphe Lauga qui a été essentiel, particulièrement sur les scènes d’action qui parsèment le film.
Filmer des scènes d’action, voilà une nouveauté dans votre cinéma. Comment les avez-vous abordées ?
Dany Boon : Justement grâce à Rodolphe et Nicolas Guy, mon premier assistant, j’ai découvert et utilisé l’Ultimate Arm, une invention russe perfectionnée par les Américains, un bras robotisé fixé sur le toit d’un véhicule qui permet des mouvements rapides sur 360 degrés autour de son axe et qui garantit une image parfaite quelles que soient la vitesse, la qualité de terrain et les conditions climatiques. C’est drôle parce que j’ai un peu flippé dans cette voiture-là alors que j’ai adoré faire mes cascades moi-même. Benoît, lui, avait très peur. Il me disait tout le temps : "Mais t’es frappadingue !" (rires) Il ne comprenait pas pourquoi je n’avais pas peur, alors qu’on est tous les deux hypocondriaques. Mais j’ai adoré faire l’andouille et rouler comme un dingue au volant d’une 4L. Et j’étais mort de rire rien qu’en regardant Benoît paniquer à mes côtés. Mais pour ces scènes-là, il n’y a pas de secret : on a surtout pris le temps. Celle de l’autoroute, où on perd, l’un après l’autre, tous les morceaux de la voiture, a ainsi été tournée en une semaine. Le tout étant story-boardé de façon très précise, y compris et surtout les moments où les voitures devaient se heurter pendant cette course-poursuite.
|  | Avez-vous beaucoup modifié votre film au montage?
Dany Boon : A cette étape, j’ai là encore retrouvé quelqu’un avec qui j’avais collaboré sur Bienvenue chez les ch’tis et La maison du bonheur : Luc Barnier. On n’a rien modifié de fond en comble, juste travaillé sur le rythme. Il y a juste une séquence finale de 10 minutes que j’ai coupée. Il s’agissait vraiment d’une pirouette scénaristique qui ne fonctionnait pas à l’arrivée, quelques personnes m’ont exprimé leurs doutes concernant ce "switch de scénariste" mais ça ne m’a pas empêché de le tourner ! (rires) J’étais parti de l’idée que, très souvent, les étrangers deviennent plus racistes sur les étrangers que les gens des pays dans lesquels ils sont installés et qu’ils refusent, eux, d’être associé à ce mot "d’étranger". J’avais donc inventé des origines bretonnes au père de Ruben qui, après avoir souffert du racisme plus jeune, était devenu plus belge que belge. Ça fonctionnait à la lecture |
mais pas du tout à l’image pour la bonne et simple raison que ça abîmait le personnage de Benoît qui produit un effort surhumain pour accepter son collègue français. S’il est lui-même d’origine française, alors on se dit : tout ça pour ça ! A quoi bon ?
Vous retrouvez pour la musique de votre film, Philippe Rombi, déjà auteur de celle de Bienvenue chez les Ch’tis et de La maison du bonheur. Comment s’est passée cette nouvelle collaboration entre vous ?
Dany Boon : Ma demande était différente cette fois-ci. Sur Les Ch’tis, mes directions parlaient d’instruments que je souhaitais acoustiques, simples pour créer une musique "à la Nino Rota" parsemée ça et là d’envolées lyriques. Pour Rien à déclarer, il m’a proposé des thèmes autour de trois éléments principaux : les douaniers, l’histoire d’amour et les truands. Il les a enregistrés avec un orchestre de 80 musiciens et le résultat me ravit.
Etes-vous plus angoissé aujourd’hui qu’avant la sortie de Bienvenue chez les Ch’tis?
Dany Boon : J’ai déjà montré Rien à déclarer à Lomme, dans le Nord, lors d’une projection où les spectateurs ne savaient pas ce qu’ils allaient voir. J’ai voulu le faire car je savais qu’il y avait une énorme attente après Bienvenue chez les ch’tis donc une forte capacité à être déçu. Or ils m’ont fait une très belle standing ovation, ce qui m’a forcément beaucoup touché et donné de l’espoir pour la suite.