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Abbaye de Hautecombe
Pays du Lac du Bourget Abbaye de Hautecombesergio palumbo - 19/02/2005

Abbaye de Hautecombe
Daniel Bouvier-Belleville et Sergio Palumbo pour le journal Alp'Horizon Savoie et 123 Savoie

Reproduction interdite sans l'autorisation des auteurs
Abbaye de Hautecombe
Abbaye de Hautecombe -  plan de 1844.
Abbaye de Hautecombe
Abbaye de Hautecombe au bord du lac du Bourget
Abbaye de Hautecombe au bord du lac du Bourget
Détail de l'Abbaye de Hautecombe
Abbaye de Hautecombe - statue de Carlo Felice
Abbaye de Hautecombe - Cénotaphe de Béatrice de Savoie
Abbaye de Hautecombe : Chapelle de Savoie
Abbaye de Hautecombe - Chapelle St-Félix
Abbaye de Hautecombe - Piéta
Abbaye de Hautecombe : Statue de Marie-Christine
Statue de Marie-Christine 1
Abbaye de Hautecombe : Tombeau Charles Félix et Marie-Christine
Abbaye de Hautecombe : Tombeau de Louis de Vaud
Abbaye de Hautecombe : Vue d'ensemble de la nef
A St-Pierre-de-Curtille, l'abbaye cistercienne plonge sur le lac dans un site d'une grande beauté.
Fondée au XIIè siècle, elle abrite les tombeaux des princes et des princesses de la maison de Savoie.
Elle a été restaurée après la révolution.

A noter que les moines ont quitté l'abbaye pour ne pas être dérangés par le flot important de touristes...

Histoire de l'abbaye...
Au XIIème siècle, à l'origine de Hautecombe, le domaine n'était pas sur les terres des Comtes de Maurienne, mais sur celles des Comtes de Genevois. Ces derniers possédaient l'Albannais, territoire où se trouve l'Abbaye. Ils avaient un vassal, les Barons de Faucigny eux même suzerains de Gautier d'Aix, propriétaire des terres au bord du Lac du Bourget et notamment d'une haute-combe. Pour le repos de son âme, Gautier d'Aix donna cette haute-combe à l'Abbaye d'Aulps, fondée en 1094, dont Dom Guerin était l'abbé. Cet acte serait daté de l'année 1121 et approuvé par le Baron Guillaume de Faucigny, et le Seigneur Rodolphe de Cessen. Dom Guerin y envoya quelques-uns de ses religieux pour y construire un prieuré selon la règle de St Benoît, dont les ruines se voyaient encore au XVIème siècle.

Lors d'une crise à l'Abbaye Cistercienne bourguignonne de Molesme, St Robert partit avec quelques moines pour fonder une nouvelle Abbaye en 1098 à Cîteaux en Bourgogne. L'Ordre nouvellement formé prit le même nom. En 1113, l'Abbaye de Cîteaux vit arriver une trentaine de jeunes gens. L'un d'eux était un noble prénommé Bernard. Grâce à ce dernier l'Abbaye prit vite de l'importance. Autour de la maison mère de Cîteaux se trouvaient 4 grandes Abbayes :
- Clairvaux.
- La Freté.
- Pontigny.
- Morimond.

En 1135, lors de son retour d'un voyage en Italie, Bernard s'arrête à l'Abbaye Bénédictine d'Aulps. Les moines de cette abbaye voulaient rompre le lien avec leur mère abbaye de Molène, pour embrasser les règles de l'abbaye de Cîteaux qui était Cistercienne. Cette même année Bernard s'arrêta au prieuré de Hautecombe près de Cessens. Le prieur, de Hautecombe Vivien, converti son prieuré pour devenir Cistercien et rompre son lien avec l'abbaye d'Aulps. Vivien quitta l'abbaye en 1139 et Amédée de Clermont fut nommé prieur pour lui succéder. Arrivé à Hautecombe sa première pensée fut celle de changer de place le prieuré car il se trouvait juste à côté de la route qui reliait la Chautagne à l'Albannais et le Genevois au Bugey. Les Cisterciens aimaient les lieux retirés et sauvages.

Amédée de Clermont se mit à chercher un nouveau lieu pour le prieuré et son choix se porta sur les bords occidentaux du lac du Bourget, bien après Conjux dernier petit village de pêcheurs. Tous les moines le suivirent dans ce lieux reculé sur un petit promontoire surplombant le lac qui fut baptisé du nom de l'ancien prieuré : Hautecombe. Pendant la construction de la future abbaye, Amédée fut appelé dans la province de Lausanne sur les bords du lac Léman. Il y fut sacré Evêque, le 21 Janvier 1145. Il était Seigneur-Evêque, pourvut des droits Régaliens. Il était aussi le petit cousin par alliance d'Amédée III Comte de Maurienne. Quand ce dernier parti en croisade, il confia ses terres à Amédée de Clermont et fut le régent des terres de Savoie jusqu'à ce qu'Humbert III de Maurienne prenne en charge les rennes de son Comté. Après le départ d'Amédée de Clermont, un certain Rodolphe fut nommé et ensuite éclipsé par Amédée qui continuait à gérer Hautecombe depuis sa demeure de Lausanne. Amédée et Rodolphe moururent la même année, soit en 1159.

Henri de Massy d'origine Mâconnaise fut alors nommé abbé à Hautecombe en 1160. Il régenta d'une main de maître et rehaussa le renom de l'abbaye de Hautecombe. Il la quitta en 1176, car nommé abbé à Clairvaux. Lors de son départ il nomma abbé Geoffroy d'Auxerre, 5ème abbé de Hautecombe. Il est connu aussi comme grand écrivain de France au XII siècle pour avoir écrit l'histoire de St-Bernard. Il se retira de sa charge d'abbé en 1190. Avec lui se tourne une page de l'histoire de l'abbaye de Hautecombe. Pour les abbés du XIIIème siècle nous ne connaissons presque rien, sinon que Robert fut le 1er abbé Savoyard. Le Comte Humbert de Savoie était intervenu auprès du Pape Innocent IV pour le faire élire. En effet Robert était le fils d'un prêtre et d'une femme mariée. Au cours du XIVème siècle les Papes nommèrent à plusieurs reprises les abbés, pratique nouvelle pour l'époque.

Au cours du XVème siècle, fut nommé Jacques de Moyria qui fit des réparations et construisit la grande porte extérieure que l'on peut voir actuellement. Du XIV au XVIème l'abbaye subit un lent déclin. La vie dans cette dernière y est rude. Les repas sont maigres avec de fréquent jeûne, du 14 Septembre à Pâques. Beaucoup d'eau dans le vin rarement des oeufs et très rarement du poisson, jamais de viande, des herbes cuites à l'eau et au sel, sans huile ni graisse. Cette règle alimentaire faisait parti des règles de l'ordre ainsi que le silence, sauf pendant 1 heure après le dîner et le souper. Jusqu'au XVème siècle l'on dénombrait entre 30 et 40 moines dont le tiers était de nobles familles Savoyardes : de Bourdeau, de Paladru, de Seyssel, de Clermont, de Chevelu, de Chambéry, de Candie...

Après le XVème siècle Les moines seront au nombre de 20 et 30 dont aucun n'est de famille noble. A partir du XVIème siècle le déclin de l'abbaye de Hautecombe s'accentua.
En 1521 il y avait 34 moines. En 1585, 28 moines. En 1608, 13 moines. Puis 15 au maximum jusqu'en 1698. En 1726, 10 moines. En 1734, 7 moines maximum. En 1700 l'abbaye fut saisie car elle était en mauvais état, presque plus de toits. Le palais abbatial et tous ses planchés étaient dégradés et inhabitables. La clôture s'effondrait. Les murs tombaient en ruine. Les peintures, sculptures ont presque toutes disparues. La voûte de la nef s'écroule et il n'y a plus de vitres aux fenêtres. Victor-Amédée II ordonna qu'on y fasse des réparations.

Il fallut attendre la guerre de succession d'Autriche et l'occupation des Espagnols en 1742 pour que l'abbaye soit gérée par des moines. Ces derniers entreprirent non pas de restaurer mais de raser et de reconstruire une nouvelle église. Mais en 1449 la paix fut signée et le Roi de Piémont Sardaigne reprit Hautecombe sous sa tutelle. Les moines protestèrent. Le 2 Juin 1749, une lettre royale permit aux moines de disposer de leur argent, en contrepartie, ils devaient rendre un compte annuel au gouvernement ce qui stoppa pratiquement les travaux. Le 11 Avril 1752, l'abbaye fut unie avec la St-Chapelle du château des Ducs de Savoie de Chambéry. La rente des chanoines de la St-Chapelle n'étant plus assez suffisante pour le bon déroulement des offices, il fut décidé que l'abbaye les aide financièrement. Cette union provoqua des désagréments tant à la St-Chapelle qu'à l'abbaye et ce jusqu'en 1767. Suite à un accord entre les deux parties, les rénovations et constructions purent reprendre pour être presque finies vers 1792.

Quand la Révolution française entra en Savoie, elle trouva à Hautecombe 6 moines. Ils purent y rester jusqu'au 10 Avril 1793 puis ils furent expulsés sous la surveillance de deux citoyens, Dubois et Rabut pour que ses derniers vérifient que les 6 moines ne partent qu'avec leurs vêtements et 6 livres chacun. L'abbaye fut pillée de ses trésors en or, bronze, plomb et cuivre rouge et jaune. Les bâtiments furent vendus comme bien nationaux, sauf le monastère lui-même jugé invendable. Le monastère et ses terres furent achetés le 12 Août 1796 par 4 personnes :
- Victor-Amédée Fleury, homme de loi et futur magistrat à Chambéry.
- Louis Joachime Léger, notaire à Chambéry.
- François Louis Landoz, Aixois habitant à Lyon.
- Josèphe François.

Ils exploitèrent le domaine jusqu'en 1799, date à laquelle 2 des propriétaires se retireront. Les 2 autres décidèrent de créer une faïencerie. Le four fut construit sous la coupole de l'église. La faïencerie fonctionna jusqu'en 1804, date ou il ne reste plus qu'un propriétaire. Par la suite, l'église tomba en ruine pour ne laisser que le monastère.

Au début du XIXème siècle, les ruines de Hautecombe furent très connues. Il faudra attendre la venue du Roi Charles-Félix de Savoie en visite sur ses terres de Savoie le 29 Juillet 1824. Il racheta le monastère et les terres qui en dépendent le 28 Août 1824, fit reconstruire l'église par Ernest Melano, un architecte piémontais, telle qu'elle était dans le passé. Chose étonnantes, l'achat et la restauration furent financées par les deniers personnels du Roi Charles-Félix. Le roi avait voulu faire de cette église une sorte de grand mausolée à la mémoire de ses ancêtres. Lors du sacrement de l'église, le 7 Août 1826, Charles-Félix fit lire un acte qu'il venait de signer. Celui-ci rendait Hautecombe aux moines Cisterciens. Charles-Félix y fut enterré 334 années après le dernier Comte de Savoie.
En 1922, s'installa la communauté bénédictine de l'abbaye Sainte-Madeleine de Marseille, de la congrégation de Saint-Pierre de Solesmes, soit 800 ans après la 1ère fondation Bénédictine de l'abbaye. Le dernier roi d'Italie Humbert II de Savoie fut inhumée en 1983 et son épouse Marie-José en 2001.
En 1992, la communauté bénédictine partit pour le prieuré de Ganagobie. Le père Abbé de l'abbaye bénédictine et l'Archevêque de Chambéry demandèrent à la communauté du Chemin Neuf de poursuivre la vocation de prière et d'accueil de l'abbaye.

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