|  | De Jacques Garcin
Aux Editions Bénévent
Le prix de la liberté sera cette malédiction, qui scellera à jamais leurs destins à tous et le rêve d’émancipation de l’un d’entre eux deviendra au fil du temps un cauchemar pour le reste de la famille. Ni le temps ni la bienveillance d’un oncle dévoué ne parviendront à éloigner ces fantômes qui vont continuer à rôder autour des vivants jusqu’à ce matin froid de janvier.
Ce roman est tiré d’une histoire authentique plus terrible encore. De la famille frappée par l’épreuve, nul n’est resté pour témoigner. Enfants, quand d’aventure nos jeux nous entraînaient vers ces pierres calcinées où les ronces partaient à l’assaut des maigres murs encore debout, nos parents apprenant le soir nos escapades nous grondaient avec dans la voix un mélange de crainte et de colère : "N’approchez pas de la malédiction". |
Au fil des pages... (pages 127 & 128)
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Chacun extirpa alors une pièce de vêtement et s’en servit comme d’un lien avec la défunte, comme pour retrouver, dans ces malles venues de loin un peu de Jeanne. L’on s’enivra des odeurs de
Paris, entre parfum et odeurs de corps. Georges, qui avait dû faire vite, avait pris soin de séparer les vêtements propres (malle 2), de ceux qui devaient aller au blanchissage mais qui faute de temps avaient été expédiés ainsi (malle 1). On mélangea tout et chacun finit par trouver le vêtement qui lui parlait le plus. Rosalie passa une coiffe de servante, Odette un tablier, Fernand s’enroula dans un drap et tout ce remue-ménage constitua la plus triste des farandoles que l’on ait jamais vue, parole de Pierre".
Marcelle respecta le désir de chacun et à la nuit tombée chaque enfant s’en fut au lit, yeux rougis, mains serrées autour d’un "doudou", ultime souvenir de Jeanne-Marie. Ce qui s’en suivit fut terrible.
Quelque temps à peine s’écoulèrent et la mort s’approcha. Ce fut François qui, au bout de deux jours de mauvaise toux, cracha du sang, puis Odette, puis André. La panique s’installa alors dans la maison et Jules, découvrant avec horreur que le linge souillé par la tuberculose était sans doute la cause de cette épidémie, récupéra à la hâte les vêtements qu’il brûla loin de la maison. Il était trop tard hélas et la mort avançait à présent insolente et sûre d’elle. L’on enterra François puis deux semaines après André, tandis qu’Odette luttait entre la vie et la mort. Le glas se mit à sonner à sonner, à en devenir fou. Pierre avait pris sa tête dans ses mains et de grosses larmes tombaient sur la table sans que rien n’y puisse faire. Corinne et Michèle pleuraient aussi sans pouvoir aider d’une quelconque façon.
- "Et toi, Pierre dans tout ça, toi ?"
- "Moi, le soir du retour, j’ai mangé pour la dernière fois avec eux. J’avais été trahi et j’allais leur faire payer !"
L’Auteur
"La musique douce des mots m’habite depuis toujours et j’écris ainsi au fil du temps, des histoires qui sur des trames romanesques offrent des chemins de réflexions personnelles" Jacques Garcin