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Produite à plus de cinq millions d'exemplaires, la 2 CV Citroën fait partie du paysage français, au même titre que la baguette de pain. Un succès qu'elle doit au génie de sa conception, qui repose sur une recherche de l'absolue simplicité...
"Ce n'est pas une voiture, c'est un art de vivre !", dira-t-on de la 2 CV. Dès sa présentation au public, au Salon de l'Auto 1948, la petite Citroën suscite l'étonnement. Le stand est bondé, on la regarde, on la secoue, on s'étonne de son prix défiant toute concurrence et l'on se demande même si cette voiture n'est pas une plaisanterie... Sa conception remonte aux années trente. Pierre Boulanger, aux commandes de la firme de Javel depuis le tragique décès d'André Citroën, souhaite motoriser la campagne française. Il impose un cahier des charges que l'on a parfois résumé sous la formule lapidaire "Quatre roues sous un parapluie". La "TPV" ("très petite voiture") doit être simple, robuste, confortable, spacieuse et économique, quelles que soient les techniques employées. Les études démarrent et l'on retrouve l'équipe qui a déjà mis au point la Traction, sous l'autorité d'André Lefèbvre. Là encore, elle va faire preuve d'une imagination débridée, expérimentant toutes sortes de formules, jusqu'à une carcasse recouverte de toile cirée et un démarrage du moteur à la ficelle, comme sur une tondeuse à gazon !
Un compteur façon moto...
La guerre met un coup de frein au projet mais, dès la fin des hostilités, la TPV prend une forme qui se rapproche de son aspect définitif. Fixé à une plateforme-caisson, on a opté pour un petit moteur à deux cylindres à plat opposés, intelligemment conçu par Walter Becchia. Ne s'encombrant pas de pièces inutiles, il est refroidi par air, ce qui en simplifie l'entretien. La Traction a ouvert la voie de la traction avant et la 2 CV lui emboîte le pas, via une boîte quatre vitesses dont une "surmultipliée". La toile de pavillon qui descend jusqu'au bas du coffre permet un toit ouvrant commode alors qu'à l'intérieur, le tableau de bord se résume à un ampèremètre et un compteur de vitesses façon moto, commandé par un câble qui actionne aussi les essuie-glaces... Chaque détail de la 2 CV traduit ingéniosité et astuce.
Jamais une auto n'a poussé aussi loin la recherche de simplicité, et la 2 CV répond ainsi merveilleusement à son cahier des charges. Légère, elle est confortable grâce à sa suspension à grand débattement, tient beaucoup mieux la route que la 4 CV Renault et se contente d'un appétit d'oiseau. Tout juste peut-on lui reprocher des performances un peu limitées. Le public ne s'y trompe pas : la 2 CV est plébiscitée ! Les délais de livraison s'allongent, pouvant atteindre plusieurs années. En 1951, la gamme s'enrichit de la fourgonnette, merveilleuse voiture à tout faire. Puis s'égrènent les améliorations dont bénéficie la vaillante Citroën : moteur 425 cm3 en 1954, grande lunette arrière en 1956, malle arrière tôlée l'année suivante, nouveau capot en 1960, nouveau tableau de bord en 1963, portes avant ouvrant dans le "bon" sens en 1964, carrosserie 6 glaces en 1965, apparition des 2 CV 4 et 2 CV 6 en 1970, freins à disques à l'avant en 1982... Entre-temps, la 2 CV a conquis tous les publics : agriculteur, curé de campagne, commerçant, jeune père de famille... et elle a fait la joie des globe-trotters de tout poil, ravis de sa robustesse et de sa simplicité. Le plus célèbre étant Jacques Séguéla et son compagnon Baudot, pour leur projet "La terre en rond".
En 1988, les usines de Levallois laissent partir la dernière 2 CV... pas tout à fait, car elle continue d'être produite au Portugal jusqu'à 1991. Avec un total de plus de 5 000 000 exemplaires, elle appartient désormais au club fermé des légendes automobiles.
(Texte extrait de l'ouvrage "Ces voitures qu'on aime tant", par Jean-Pierre Foucault, éditions Michel Lafon)
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