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© Sergio Palumbo - 123 Savoie

Le cimetière de Charrière-Neuve a son histoire

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Alors que les tombes se fleurissent dans un hommage unanime aux disparus lors de la Toussaint, les cimetières quittent leur isolement et révèlent un inattendu caractère, celui de lieux d’histoire…

© Sergio Palumbo - 123 Savoie

© Sergio Palumbo – 123 Savoie

Le cimetière de Charrière-Neuve à Chambéry tient de ces endroits d’exception car parmi ses 7.000 sépultures figurent plusieurs personnalités illustres qui ont marqué les terres de Savoie. Au terme de trois années d’un difficile travail de recherches, Monique Dacquin est aujourd’hui heureuse. Cette chercheuse historienne sait donner une interprétation inédite du cimetière de Charrière-Neuve. Ce lieu de recueillement se prête même à une surprenante visite guidée. Dans un minutieux labeur, l’historienne a suivi trois axes d’enquête ayant trait aux spécificités des cimetières de Chambéry tout d’abord, à l’évolution sociale dans la perception de la vie dans l’au-delà à travers les siècles (des rites funéraires jusqu’aux actuelles questions de l’incinération et de l’euthanasie) et, enfin, quelles sépultures ” remarquables ” abritent le cimetière de Charrière-Neuve. “J’ai recensé une vingtaine de tombes que l’on pourrait qualifier de célèbre “, explique-t-elle. “Il n’y a pas de monuments artistiques à proprement parler, mais certaines familles se distinguent par des tombeaux imposants“.

Parmi celles-ci, les lignées de grands industriels savoyards (les noms Chiron, Jorcin et Comoz sont évoqués), certains artistes tels les peintres de la famille Cariffa (originaire de Challes-les-Eaux). Sur le marbre, apparaissent également les noms de René-Maria Burlet, du sculpteur Mars Valett, auteur de la statue de Jean-Jacques Rousseau installée dans le clos Savoiroux. Le poète savoyard Amélie Gex, native de La Chapelle Blanche, connut même “un mouvement posthume” lors d’un transfert de concession. Césarine Lamartine, soeur du grand poète, repose ici, non loin d’une certaine mademoiselle de Saint-Amour, considérée à tort comme sa nièce illégitime, fille qu’aurait eu l’homme de lettres. Les guerres ont elles aussi laissé leurs traces en ce lieu symboliques. Les combattants de l’unité républicaine, opposés à la vision de la Maison royale de Savoie sont ici inhumés. Le baron Albert Blanc côtoie à l’entrée du cimetière les frères Ménabréa. C’est ici que l’histoire traverse les âges à chaque dépôt de gerbes commémoratives, lorsque le consulat d’Italie installé à Chambéry manifeste son souvenir et son hommage.

Autre hasard du regard porté sur les épitaphes, le nom de la princesse Aga Khan, troisième épouse du prince surgit au détour d’une allée. A toutes ces vérités s’est parfois frottée la rumeur populaire, celle notamment qui évoquait l’inhumation de la fille de Louis Pasteur à Chambéry, information fausse in fine. En revanche, s’il est une vérité qui reste de glace face au temps, c’est assurément l’hommage porté sur la plaque d’Auguste Coutin, disparu dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, en qualité de chef cuisinier… du Titanic !

Sergio Palumbo et Jean-Pierre Marduel (octobre 2009)


Charrière-Neuve en bref

Le grand cimetière de Chambéry couvre 7 hectares. Il a été ouvert en 1933 sur le territoire de la commune de Bissy, cité ensuite rattachée à la ville centre en 1961. Le site a suppléé le cimetière du “Paradis”, implanté près de la gare et dont tout agrandissement était exclu. Ce dernier, bombardé en 1944, perdit alors son caractère sacré. Les tombes furent transférées à Charrière-Neuve. Le site comprend 7.000 tombes. L’analyse des archives montre que 60.000 morts y ont été enterrés, une population supérieure à celle de Chambéry !


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