histoire
Crétinisme

Les crétins de Savoie

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En décembre 1845, le roi Charles-Albert gouverne les Etats Sardes de la Savoie à Nice, en passant par la Vallée d’Aoste et le Valais. Sur ce vaste territoire, une infirmité préoccupe pourtant le pouvoir : les 7084 crétins recensés dans les quatre coins du royaume…

L’histoire du crétinisme en Savoie

André Armand et Raphaël Sandraz
Merci à Mr André Palluel-Guillard pour sa participation

De Tarentaise ou Maurienne : Ces crétins de Savoie !

CrétinismePendant longtemps les hommes en parlèrent comme d’une curiosité. Certains parents regardaient la venue d’un tel enfant comme un don du ciel. Le crétinisme saisit la Savoie au milieu du XIXème siècle avec 7.084 cas recensés en 1845.

En 1845, le roi Charles-Albert créa une commission pour enquêter sur le sujet…

Ému et alerté, le roi Charles-Albert créa en 1845 une commission sur le sujet, composée de spécialistes en médecine, chimie et géologie dont Monseigneur Billiet, archevêque de Chambéry.

L’objet était simple : enquêter puis rédiger un “dossier blanc” sur la progression du crétinisme  dans les provinces et les mandements. Bien des causes de propagation furent explorées : conditions atmosphériques, nature du sol, qualité des eaux. Assistés de curés et de syndics, les médecins se répartirent entre Saint-Jean-de-Maurienne, Moûtiers, Albertville, Aoste, Aiton ou encore Bourgneuf ; rapprochant leurs réflexions sur le crétinisme et l’affection du goitre.


Dénommés “les marrons” en Vallée d’Aoste à cause de leur teint obscur, qualifiés de “Trissel” en Valais, appelés “Scempiaggine” en Italie…

Les premières études sur l’infirmité, menées au XVIème siècle, avaient déjà été suivies de publications des médecins suisses Félix Plater et Josias Smiler. Pour poursuivre l’enquête, le Dr Trombotto fut appelé à organiser les investigations. Dénommés “les marrons” en Vallée d’Aoste à cause de leur teint obscur, qualifiés de “Trissel” en Valais, appelés “Scempiaggine” en Italie, les crétins des Etats sardes allaient ainsi être soignés.

Selon les médecins, le crétinisme était “une organisation manquée” sans trace de beauté, ni harmonie. Les exemples cités évoquent une petite intelligence, tel ce jeune crétin de Saint-Avre, qui gagnait sa vie en imitant le soldat. Étaient également mentionnés des “semi crétins”, dépourvus de course rectiligne. “Ils manifestent une fatigue musculaire. Les hommes se limitent à porter du bois, de l’eau, à garder les troupeaux tandis que les femmes assurent la garde des enfants au berceau” soulignait les médecins.


Localisation des cas de crétinisme

CrétinismeEn Vallée d’Aoste

Le crétinisme resta à l’état endémique dans les Etats Sardes, se limitant aux vallées profondes et humides. Son extension vint surtout de la vallée d’Aoste, à Pignerol, à Ivrée ou à Gressoney où les villages logés en fond, près des torrents, recevaient peu la lumière solaire, notamment l’hiver. Quelques villages mieux exposés, comme Gressan, Villeneuve, Ollomont étaient également concernés.

En Maurienne

En Maurienne, des cas apparurent : nombreux à la Chambre, moins à Modane et très peu à Lanslebourg.

A Aiguebelle, “les hoès” étaient “de petite taille et nonchalants” consignait Mgr Vibert, certain que dans la vallée, le crétinisme se concentrait dans les habitations sales.

“La vieille race croupit dans ses anciennes conditions de torpeur de paresse, d’infection et de misère !” déclarait-il.

En Tarentaise

En Tarentaise, la population, fractionnée durant l’hiver par l’émigration comme à Tignes  et Bonneval, voisinait des centres principaux d’infection à Bourg-Saint-Maurice, Aime ou Bozel, alors que Séez semblait protégée par le courant d’air.

Le docteur Trescal nota près d’Aime, un brouillard persistant et, parallèlement, un crétinisme réparti sur la rive gauche de l’Isère. Landry et Mâcot baignaient dans les vapeurs d’un Isère rapide et écumeux.

Plus bas, les observations du docteur Varcin signalaient une dégénération du crétinisme entre Cévins et Albertville en passant par Tours, Conflans, la Bâthie, Saint-Paul, Essert-Blay. “Les courants d’air y sont modérés” commentait-il.

Tout aussi singulier, les différences marquées entre rive droite et rive gauche de l’Arly, autour d’Albertville. Entre la plaine de l’Hôpital de construction récente et la colline de Conflans où logeaient des crétins et gens de frêle complexion !

En Combe de Savoie

Concernée aussi, la Combe de Savoie abrita des crétins” plus nombreux dans les lieux bas, isolés, abrités de l’air, privés de commerce, que dans les endroits élevés ou les routes de passage” insistait les observateurs. Si les pieds de la chaîne des Bauges profitaient d’un climat doux, la rive gauche de la Combe de Savoie, près de Monthion, de Grignon et Notre-Dame-des-Millières, renfermait des zones marécageuses où les habitations s’ensevelissaient sous une frondaison propice au crétinisme, à la scrofule, au rachitisme voire aux fièvre.

Vers le Sud également, de Bourgneuf à Laissaud, les villages restaient infectés. Fallait-il alors déceler dans cette attaque disparate une quelconque influence géologique ? Comme le fit remarquer Mgr Billiet, archevêque de Chambéry, en constatant que “sur 150 paroisses en terrain calcaire, sept seulement sont touchées par le crétinisme”.


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[…] Pendant longtemps les hommes en parlèrent comme d’une curiosité. Certains parents regardaient la venue d’un tel enfant comme un don du ciel. Le crétinisme saisit la Savoie au milieu du XIXème siècle avec 7.084 cas recensés en 1845. Histoire de ce "crétinisme" qui était en réalité dû à une affection de la glande thyroïde, conséquence d’un air et d’une eau appauvries en iodures et d'une mauvaise alimentation.  […]

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