nature et environnement
La soufflerie militaire du Mont-Lachat

Réhabilitation du col du Mont-Lachat

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La commune de Saint-Gervais lance une action environnementale à 2000 mètres d’altitude avec la réhabilitation et la renaturation du Col du Mont-Lachat sur l’itinéraire du Tour du Mont-Blanc grâce à la destruction et au démantèlement d’un ancien site militaire…

Réhabilitation du col du Mont-Lachat

Démolition de l’ancienne soufflerie militaire et renaturation du site

 

La soufflerie militaire du Mont-LachatLa soufflerie est implantée à 2017 mètres d’altitude au niveau du Col du Mont-Lachat. Les paysages alentours sont ouverts et marqués par une végétation caractéristique de l’étage subalpin. A quelques minutes de là, se trouve le sommet du Mont Lachat et son panorama à couper le souffle.

De l’autre côté du col, la pente se fait plus raide et on accède à l’étage alpin avant d’atteindre l’étage nival, celui des neiges éternelles et qui va jusqu’au sommet du Mont-Blanc, à 4810 mètres d’altitude.

La soufflerie militaire du Mont-Lachat a été construite à partir de 1937 et inaugurée le 20 novembre 1938, sur un terrain communal, par la Société Nationale de Construction de Moteurs d’Aviation (SNE CMA) dans le but de tester en altitude et dans des conditions de froid, les moteurs à explosion. En 1940, le centre d’essais est occupé par l’établissement de recherches aéronautiques de Toulouse sur demande du Secrétaire d’Etat à l’Aviation. Quinze ans plus tard un bail est passé entre la commune et l’Etat. En 1957, le site est investi par l’autorité militaire pour créer un laboratoire d’essais des moteurs d’avion. Un téléphérique est alors construit entre le lieu-dit “les gens” sur la commune des Houches. Pour conforter le dispositif d’accès au site, une piste pour les jeeps et une plateforme pour hélicoptères sont aménagées.

Le centre d’essais est désaffecté le 1er septembre1969 et le bail entre l’état et la commune est rompu en 1970. Les bâtiments construits après 1957 sont ensuite vendus à la commune en 1975 et les autres deviennent propriété communale au terme du bail contracté avec la SN CM. Depuis la soufflerie n’avait plus connu de nouveaux usages.

Un chantier unique en Europe à 2000 mètres d’altitude

Un défi technique et humain relevé par les entreprises du BTP
Démolition de l’ancienne soufflerie militaire Mont-LachatInstallée au col du Mont-Lachat sur la partie Est du massif du Prarion à 2017m d’altitude, l’ancienne soufflerie militaire est située au sein du site classé du massif du Mont-Blanc (dont le classement date de 1951). A ce titre sa démolition fait l’objet d’une demande d’autorisation relevant de la compétence du ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie accordée en date du 28 mars 2014. Le permis de démolir a ensuite été délivré le 25 avril 2014. Si l’autorisation de travaux en site classé est sans limite de durée, la durée de validité du permis de démolir est de deux ans.

Démolition de l’ancienne soufflerie militaire Mont-Lachat 1Par ailleurs, toute destruction d’espèce protégée est soumise à autorisation. Le maitre d’ouvrage a missionné l’association Asters pour établir un pré-diagnostic qui a pu conclure en l’absence de telles espèces. Le chantier de démolition est conduit sur un site à la topographie accidentée et traversé par des randonneurs, à une telle altitude, il représente un véritable défi technique et humain.

L’entreprise de BTP Benedetti Guelpa et ses sous-traitants réaliseront les travaux de déconstruction du bâtiment en prenant toutes les précautions pour limiter les nuisances sur l’environnement et n’engendrer aucun risque pour les personnes. Un périmètre d’intervention sera sécurisé afin qu’aucun matériau ne puisse glisser sur les pentes. Grâce à l’expertise du bureau d’études indépendant d’ingénierie Ingeos, un processus strict a été établi pour le traitement de l’amiante (certification AFNOR) et l’évacuation des matériaux contenant du plomb. Une fois les phases de déconstruction et dépollution achevées, les entreprises procèderont au remodelage et à la renaturation du site en étroite collaboration avec le bureau d’études ABIES et les ingénieurs de la société JAM.

Afin de limiter les nuisances des moteurs de chantier sur l’écosystème du massif, le transport est opéré depuis Le Fayet pour les engins et le matériel et à partir du col de Voza pour les déchets et le personnel, par le Tramway du Mont-Blanc exploité par la Compagnie du Mont-Blanc.

Vue depuis le Mont-Lachat - © OTS de Saint-Gervais

Vue depuis le Mont-Lachat – © OTS de Saint-Gervais

Christian Monteil - © Laurent Guette, Conseil Départemental 74

Christian Monteil – © Laurent Guette, Conseil Départemental 74

“Ce chantier absolument unique en Europe est un véritable investissement sur l’avenir” indique Christian Monteil, Président du Conseil départemental de la Haute-Savoie. Et de poursuivre “Voici donc une page de l’histoire de la Haute-Savoie qui se tourne. Qu’elle n’empêche pas la mémoire de ce que fut notre richesse industrielle de demeurer cependant, car elle perpétue une vision de la recherche et l’emploi parfois surprenants d’une partie de la géographie fondamentale : l’altitude. Au col du Mont-Lachat, à plus de 2000 mètres, la commune de Saint-Gervais en rendant la nature à elle-même, s’enrichit donc d’un patrimoine exceptionnel. Tout a été fait à l’occasion de cette démolition pour mettre en valeur les ressources de ce domaine que la présence du bâtiment empêchait.

Ce chantier de réhabilitation, absolument unique en Europe, d’un espace en supprimant une soufflerie et la gare supérieure d’un téléphérique, est un véritable investissement sur l’avenir, un gain significatif pour ce haut lieu touristique et un travail important pour le confort des nombreux randonneurs qui transitent dans cette zone. En contribuant financièrement à hauteur de 80% du coût des travaux, le Conseil départemental confirme son rôle d’aménageur touristique de premier plan. Avec le sentier des Rognes récemment reconfiguré pour accéder à la route du Mont-Blanc, la collectivité départementale, par ailleurs partenaire des deux refuges de Tête Rousse et du Goûter, continue son engagement en participant à la modernisation de la ligne du TMB jusqu’au Nid d’Aigle. C’est ainsi toute la partie nord-ouest du Mont-Blanc qui retrouve une nouvelle jeunesse“.

“Effacer les stigmates de ces constructions militaires, réhabiliter ce site naturel sensible…”

Jean-Marc Peillex

Jean-Marc Peillex

“Transmettre un patrimoine aussi riche et diversifié que celui que nous avons reçu“, poursuit Jean-Marc Peillex, Maire de Saint-Gervais et Conseiller départemental du Canton du Mont-Blanc. “Depuis 2004, la politique environnementale de Saint-Gervais se veut exemplaire et novatrice. Elle se concrétise notamment dans les nombreuses actions menées autour de “La Montagne à l’Etat Pur”. Aujourd’hui, à 2000 mètres d’altitude sur le site du Col du Mont-Lachat, au cœur du site classé du Mont-blanc, nous célébrons le lancement d’un chantier exceptionnel qui rendra sa splendeur à la Voie Royale d’ascension du Mont-Blanc. La participation active des associations de protection de l’environnement, du département, de la région, des services de l’Etat, des entreprises d’ingénierie et du BTP à la gouvernance de ce chantier hors du commun a permis d’aboutir à un consensus général autour du projet piloté par la commune de Saint-Gervais. Sur le terrain, l’utilisation du Tramway du Mont-Blanc pour le transport des engins, des hommes et l’évacuation des déchets limite fortement l’impact et les nuisances des travaux sur l’écosystème du massif.

Effacer les stigmates de ces constructions militaires, réhabiliter ce site naturel sensible afin de transmettre aux générations futures un patrimoine aussi riche et diversifié que celui que nous avons reçu, permettre à la biodiversité de se réapproprier les territoires de montagne que nous avons trop souvent maltraités par le passé est l’objectif que nous nous sommes fixés. En restituant le Col du Mont-Lachat aux précieuses faune et flore du site classé du Mont-Blanc, nous sommes fidèles à cette ambition“, a-t’il conclut.

Renaturation d’un espace naturel sensible

Réensemencer avec des plantes indigènes

La commune de Saint-Gervais, accompagnée de l’association Asters, a procédé à un pré-diagnostic afin d’évaluer la présence d’espèces floristiques et faunistiques (invertébrés) protégées sur et autour du site. Les résultats montrent l’absence d’espèces protégés. Toutefois, il incombait de déterminer une aire de chantier qui soit la plus limitée possible afin de restreindre les nuisances occasionnées.

D’autre part, l’étude des caractéristiques du substrat et des espèces a permis de définir le type de renaturation du site (composition du sol, profondeur du substrat et nature des espèces à réensemencer). L’étude préalable à la démolition comprend l’étude élargie du site d’intervention dans le but d’évaluer les capacités de récupération de terre végétale sur place. De son côté, le maitre d’ouvrage s’inscrit dans le programme expérimental Intereg Semences conduit par la Société d’Economie Alpestre. Il s’agit de procéder à la récolte de semences sur place pour permettre, au terme de la remise en forme de la topographie, de réensemencer le sol avec des plantes indigènes.

Enfin, même si le site n’est pas directement concerné par des zones de protection naturelles particulières, la prochaine valorisation du site en Espace Naturel Sensible s’inscrit dans le cadre du Schéma Départemental des Espaces Naturels Sensibles et répond à trois objectifs : l’acquisition d’une meilleure connaissance du patrimoine naturel de la Haute-Savoie, la préservation des espaces naturels et la sensibilisation.

Plan de Financement

Démolition de l’ancienne soufflerie militaire Mont-Lachat 2Sur un budget d’environ 1.000.000€ que représentent la destruction des bâtiments de l’ancienne soufflerie militaire et la renaturation du site, le Conseil départemental de la Haute-Savoie apporte 520.000€. Grâce à l’organisation annuelle du Pandathlon à Saint-Gervais, le WWF France a quant à lui levé 120.000€ pour participer à l’effacement de cette friche industrielle. L’Etat à travers la DREA L, participe à hauteur de 15.000€ aux études qui ont permis à cette opération de se revendiquer exemplaire (2600€ pour l’établissement du cahier des charges par le CAUE, 10.290€ de pré-diagnostic GEOTES et 864€ d’annonce de marché public). Les travaux (hors transport), réalisés par l’entreprise Benedetti Guelpa et ses sous-traitants, représentent une charge de 780.000€, auxquels viennent s’ajouter 2640€ pour la réalisation des plans 3D du bâtiment par la société ARPENTAGE et 4590€ pour la mission de coordination sécurité et protection de la santé sur les chantier de bâtiment (obligatoire depuis 1995) confiée à SPS VERITAS .

Les dépenses liées à l’utilisation du TMB pour le transport du personnel, du matériel et des matériaux sont pris en charge par la Compagnie du Mont-Blanc jusqu’à 200.000€. La part communale correspond au préfinancement de la TVA qui sera remboursée en 2016 dans le cadre du fonds de compensation de la TVA (FCTVA), soit une opération qui n’engage pas les finances des Saint-gervolains.


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