histoire

Les crétins de Savoie

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En décembre 1845, le roi Charles-Albert gouverne les Etats Sardes de la Savoie à Nice, en passant par la Vallée d’Aoste et le Valais. Sur ce vaste territoire, une infirmité préoccupe pourtant le pouvoir : les 7084 crétins recensés dans les quatre coins du royaume…

Solutions et prévention de la commission

Crétin IsèreLes conclusions des rapporteurs de la commission fondée par le roi Sarde apportèrent de réelles solutions. Guidés par “l’amour de la science et de l’humanité souffrante”, les médecins attestèrent que le crétinisme n’était point inguérissable à moins que la tête ne soit difforme dès la naissance. Dans ce cas, le malade devenait incurable. Sinon, la difficulté de guérir croissait avec l’état adulte.

La commission préconisa également des mesures préventives : l’assèchement des marais, l’installation de citernes d’eau potable, la création d’une instance chargée des règles de salubrité. Des mesures furent également prises pour empêcher tout mariage entre personnes atteintes de crétinisme. Cela alla jusqu’à la fondation d’écoles obstétriques visant la régularisation des naissances ! La commission poursuivit en encourageant, d’une prime, les mères bienveillantes pour leurs progénitures. Le docteur Fodéré invita même les épouses, dans les familles marquées par le crétinisme, à habiter en hauteur durant leur grossesse et à allaiter leurs nourrissons pendant les premiers mois.

En créant un établissement à Berne, en Suisse, tout près du lac du Thun, le docteur Guggenbuhl exploita de son côté, le climat tempéré pour traiter les enfants malades, avec un esprit médico-pédagogique. Le médecin raffermit la constitution physique des enfants par une gymnastique intellectuelle et corporelle, encourageant en 3 à 6 ans, une guérison hélas non exempte de rechute, dès l’âge de 7 ans.

De l’air !

Le dossier blanc fit ainsi apparaître des effets aériens attestés. Dans les vallées moins touchées, les conditions atmosphériques semblaient corrigées pas les vents. Par contre, l’alternance du chaud et du froid paraissait néfaste “à ceux qui sont languissants et affaiblis” commentèrent les médecins. “Le manque de lumière solaire rendait les hommes jaunes et, semble-t-il, de petite taille.”

“Le manque de lumière solaire rendait les hommes jaunes et, semble-t-il, de petite taille.”

De la terre !

L’enquête s’arrêta aussi sur les phénomènes électriques et les orages sans qu’aucune corrélation avec le crétinisme ne puisse être établie. Étrangement, le crétinisme en Savoie ne franchit jamais la lisière entre les grands soulèvements schisteux et calcaires. Une influence du sol ?

De l’eau !

Les observations du docteur Demeva d’Oneille révélèrent en revanche l’impact de la sous-alimentation. Les eaux restaient en certains lieux de très mauvaise qualité, surchargées de sulfate et carbonate. Peu de familles mangeaient du pain de froment à cette époque où la pomme de terre faisait tout juste son entrée dans l’économie domestique, mais plutôt un pain de seigle voire une bouillie de maïs. Cette uniformité alimentaire se révélait qualitativement comme quantitativement nuisible à l’organisme. La viande à table restait exceptionnelle. Corroborant ces analyses, les épidémies de fièvre typhoïde laissaient souvent de traces physiques sur les populations, notamment des têtes énormes, des goitres et des cous empâtés. Durant son séjour en Vallée d’Aoste, le docteur Trombotto déclara même, en l’associant au crétinisme : “Je n’ai jamais entendu chanter par les gens du pays, une seule chanson villageoise”.

“Je n’ai jamais entendu chanter par les gens du pays, une seule chanson villageoise”
docteur Trombotto


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Avatar de l'utilisateur Les crétins de Savoie | Savoie d'hier et...
[…] Pendant longtemps les hommes en parlèrent comme d’une curiosité. Certains parents regardaient la venue d’un tel enfant comme un don du ciel. Le crétinisme saisit la Savoie au milieu du XIXème siècle avec 7.084 cas recensés en 1845. Histoire de ce "crétinisme" qui était en réalité dû à une affection de la glande thyroïde, conséquence d’un air et d’une eau appauvries en iodures et d'une mauvaise alimentation.  […]

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